Nous vous parlons aujourd’hui du produit « Y a-t-il vraiment des technologies de l’information ? » qui vous est proposé par le site web FNAC.
Sciences humaines Y a t-il (vraiment) des technologies de l’information ?Qu’en est-il de la révolution annoncée des «technologies de l’information» ?Tout en prenant la mesure de changements considérables dans l’économie matérielle de la culture, le livre se détache des prédictions pour étudier méthodiquement ce que l’invention des objets apporte à la circulation sociale des informations et des savoirs. Le mot «information», dont le sens paraît évident, masque toute la complexité des relations entre technologie et culture. Prenant une distance historique et théorique, l’auteur mène un examen précis des propriétés réelles des «médias informatisés» et propose une réflexion sur les conditions nécessaires pour construire un examen rigoureux des relations entre objets et pratiques aujourd’hui.Ce livre est une introduction méthodique à la démarche de recherche, destinée aux étudiants de sciences de l’information, de la documentation et de la communication ainsi qu’aux divers acteurs qui souhaitent développer une attitude critique et créative quant à l’appropriation des nouveaux médias de la culture.Cette nouvelle édition a été revue et augmentée pour intégrer les acquis des recherches les plus récentes. Yves Jeanneret est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Il anime des recherches sur la circulation et l’interprétation des textes et savoirs et le rôle joué dans ces processus par les transformations médiatiques. Il a notamment publié Écrire la science (PUF, 1994) et L’Affaire Sokal et la querelle des impostures (PUF, 1998).Extrait du livre :Quatre lectures d’un texte fondateur Ce premier chapitre expérimente ce que Bertold Brecht appelait la distanciation, qui consiste à détruire l’évidence apparente des objets, afin de les comprendre.Nous sommes trop proches des objets que nous essayons d’examiner, lorsque nous parlons de technologies de l’information. Il n’est même pas rare qu’ils nous englobent sur un plan imaginaire : notre vocabulaire le trahit, en parlant de «sphère» et d’«espace», voire d’«immersion».D’où l’idée de prendre un recul : un autre changement technique, une autre époque, d’autres horizons culturels, un autre corps de controverse. Ainsi, par l’écart, deviendront plus facilement visibles et formulables des différences que le discours ambiant tend à estomper. Ainsi pouvons-nous espérer adopter un langage un peu décalé, avec lequel nous essaierons de questionner l’actualité. Ce choix correspond évidemment à la conviction que les sciences de l’information et de la communication ne peuvent être seulement des sciences du contemporain. En effet, comme toutes les sciences humaines dignes de ce nom, elles ne peuvent comprendre l’actuel qu’en examinant le passé.Encore est-ce une perspective historique qui nous guidera ici, et non un projet historiographique, hors de notre propos et de notre portée. Le décalage temporel permet, par-delà la diversité des figures de l’innovation technique, d’adopter un regard et un langage, fondés sur quelques soucis et quelques relations essentiels. Il s’agit d’établir, grâce à la distance historique et à l’effet d’abstraction qu’elle suscite, une série de distinctions à partir desquelles nous nous proposons de «décompacter» en quelque sorte le discours actuel sur la dite société de l’information : de penser les rapports entre des phénomènes de complexité différente sans les réduire les uns aux autres. Il n’est pas question de faire oeuvre de connaissance historique, mais de bien penser, avec le recul de l’histoire, ce qui est en jeu aujourd’hui.Beaucoup de sujets historiques permettraient de faire un tel travail. Les études des historiens sur la bibliothèque d’Alexandrie, ou, en d’autres temps, sur le projet des encyclopédistes, montrent ce que signifie collecter et diffuser des savoirs. Les controverses qui ont marqué l’histoire et la sociologie du livre et de la lecture fournissent un guide théorique précieux pour aborder la question des nouveaux écrits et, plus généralement, celle de l’appropriation des objets culturels. L’analyse des discours sur le télégraphe comme transmission de pensée met en évidence les permanences et mutations d’un désir de transparence. Toutes ces études sous-tendent d’ailleurs chaque page du présent livre, où elles seront évoquées.Mais dans notre parcours méthodique, il faut choisir et, pour avancer assez vite, nous en tenir à un seul point d’appui. Un extrait du Phèdre de Platon discute la première des inventions avec lesquelles les réseaux actuels sont périodiquement comparés : l’écriture. Le mérite essentiel de ce dialogue philosophique est son extrême densité, qui apparaît à la lecture du texte lui-même mais qu’a aussi soulignée la très riche série d’interprétations auxquelles ce texte, sans cesse commenté, a donné lieu.
Yves JeanneretCommunication médias
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